mercredi 6 février 2013


Stendhal et son syndrome. 
Le transport dont H Beyle fait l’objet n’est pas dû à la beauté de la ville, à la visite d’un musée en plein air. Cette approche est juste une transposition triviale appliquée à des chochottes trimbalés de car en trattoria, sous un soleil de plomb, de marchand de glaces en musées bondés, saoulés par des commentaires insipides et dont le cerveau, sevré  de télé,  sature.
Quand il se rend à Santa Croce ses premières émotions sont pour les gloires du passé. Machiavel, Michel-Ange, Galilé, il y ajoute inconsciemment Boccace et Dante. Le bonapartiste connaît ses classiques. Il a lu Le prince, Vasari, les poésies du sculpteur du David, les commentaires sur l’art du suiveur de Copernic, Lomazzo, L’Enfer et le Paradis sans oublié le Purgatoire, tout et tous il a tout lu et plus encore car il achète deux guides en descendant du fiacre. En cet instant où cénotaphes et tombeaux s’adressent à lui et à lui seul sa mémoire déborde d’images et d’émotions, de mots de phrases et de vers.  A ce moment il cristallise des mois et des années de lectures, de visites, de réflexions et d’écritures. 
Il gère, il en a vu d’autres, mais pas pour longtemps.  Son émoi va être à nouveau mis à mal quand  aux Sibylles du Volterano il va être confronté. La qualité artistique de la fresque n’est en rien responsable de la montée en puissance du phénomène. De Cumes ou de Delphes, des Appenins ou de Perse aucune d’entre-elles n’a perdu de son aura, de sa puissance. Elles s’adressent encore à nous pour peu que l’on tende l’oreille et Stendhal ne peut être sourd à leurs discours, même sibyllins. Son esprit est alors en proie au ravissement.  Conscient, il transfigure l’objet de sa passion, l’art, en lui attribuant de nouvelles perfections. Il est dans un état où d’une croûte il peut voir un chef-d’oeuvre. C’est sa propre définition de la cristallisation. Il l’applique inconsciemment aux fresques du Volterano, consciemment au poème de Foscolo dont il se saisit pour tenter d’évacuer le mal par le mal à la sortie de l’église. La poésie, source d’émotions ultimes, est le remède pour effacer les douleurs et fièvres dont il est l’objet. Ça fonctionne ! Pas d’hospitalisation, pas de spleen, le sur lendemain on le voit à San Lorezo, au Palais Pitti, devant les fresque de Masacio. 
Drôle de type quand même. Dans une poche de son veston il se ballade avec un poème, viatique à tous les maux de la terre, à l’image du mémorial de Pascal.
Qui d’entre-nous, dans son smartphone, a fait de même ? C’est pourtant visiblement indispensable ;-)


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