mardi 20 septembre 2011

A la manière de .....

Voilà j'en ai ma claque des billets sur le livre numérique, sur le livre électronique etc. Dans la forme il s'entend. D'autres savent mieux que moi vendre leur soupe, surtout celles des autres.
Pour m'exprimer sur le sujet je vais m'adonner à des exercices de style, c'est bénéfique pour mon écriture et c'est rigolo. Pour cette première, pour moi, j'ai choisi l'Apocalypse de Jean. Choisi n'est pas le bon terme le texte s'est plutôt imposé.

Le 8ème sceau.

Les flammes du chandelier à sept branches s’assemblèrent pour ne faire qu’une pour la 8ème fois, et l’ange dans l’ombre de dieu apparu à la lumière.

En sa main une tablette.

Celui siégeant sur son trône s’en saisi.

Il se fit sur la terre alors un grand silence qui du Pacifique à l’Atlantique de l’Arctique à l’Antarctique fit trembler le câble.

En soufflant dans sa trompette l’ange libéra une nuée d’un et de zéro.

Une foule immense, indénombrable, de toutes les nations, de toutes les tribus, peuples et langues leva les yeux vit apparaître les quatre animaux, et entendit la voix de l’ange : qui est digne, ne craint point ?

Mais nul ne réagit, dans le désert, sur et sous la mer, sur la montagne, dans les terres, dans les villes, personne n’avait semble-t-il le vouloir, d’accepter la tablette des mains de Dieu.

Sur mon tas d’ordures, moi, fils de mon père de la lignée d’Isaïe et fille de ma mère de la lignée de la sibylle, un et une, je me désolais.

Il était loin le temps où Iahvé les confondit pour avoir fait preuve d’orgueil, pour surmonter l’impossible, parler d’une seule langue, se faire un nom, construire une tour haute jusqu’aux cieux.

Ils acceptèrent d’être dispersés, ils acceptèrent d’être jour et nuit en quête de la connaissance, mais ils ne cessèrent de bâtir. Toujours dans la crainte. Et cette peur aujourd’hui les médusait.

Moi, un et une sur mon tas d’ordures je me désolais.

Ne pleure pas entendis-je ! Ecoute :

A Alexandrie les nouvelles œuvres ont dépassées en nombre les premières.

Dans les villes vêtues de verre et d’acier, de béton et d’or, je sais la pauvreté. Tu te désespères, pourtant une manne cachée, est là. Elle attend.

A Philadelphie la clé de David a décrypté un nouveau code.

A Pergame, on regrette le parchemin, le calame et l’encre noire de la sèche. Ce temps n’est plus, l’enfant le sait, l’écran est son jouet, son outil.

Au Pont d’Or, je sais tes œuvres, ton labeur, ta créativité et ta persévérance. Tu mets à l’épreuve ceux dont les yeux sont fermés. Tu n’es plus seul !

Dans la ville de lumière on n’est ni froid, ni bouillant, on est tiède. Parce qu’on y est tiède je te vomis par ma bouche ville du tas de fer arrogant.

Alors du haut de non tas d’ordures, au milieu des peuples, je vis un être mâle et femelle, un et une, se lever, et, fort de son libre arbitre tendre sa main pour recevoir la tablette de la main droite de celui l’ayant un jour d’un tas de limon créé et bénit.

Seul apte à rompre le 8ème sceau, l’androgyne effleura l’écran, et les livres, écrits au-dedans et au-dehors, la musique jouée et chantée, les images fixes et animées, les chiffres et les nombres, les ondes et les courants, les pierres et les astres, tous et toutes convergèrent vers lui en un flot discontinu.

Alors les 21 000 de la tribu de l’encre électrique,

les 21 000 de la tribu de l’arbre numérique,

les 21 000 de la tribu de l’écriture hypermédia,

les 21 000 de la tribu des médianautes,

les 21 000 de la tribu du pays des lettres, nombres et notes,

les 21 000 de la tribu de l’expérience

les 21 000 de la tribu du point et de la ligne,

les 21 000 de la tribu de l’arachnide, furent tous marqués, du sceau de la modernité, le huitième, à jamais brisé.

Ils pouvaient maintenant se connecter, se grouper, échanger, pour bâtir des temps nouveaux, des savoirs nouveaux.

Protégés contre une foule immense, indénombrable, de toutes les nations, de toutes les autres tribus, peuples et langues, une foule en colère ; ils surent faire preuve de discernement, au contraire de l’homme se lamentant en haut de sa tour : Et que fera le point, que fera la tablette d’écriture si là-haut, le pilier du ciel est ébranlé ? Montrant le poing, jetant la pierre, il se lamentait, regrettait le passé, redoutait l’avenir.

Au sein de la secte analogique on était inquiet car nul ne pouvait plus acheter ou vendre. Nul ne pouvait ignorer ce signe apparu sur les frontons de leur orgueil le chiffre de leur nom inscrit en lettre de lumière : 666.

Que celui qui a des oreilles entende : c’est l’heure de la persévérance et de la foi en toi.

C’est l’heure d’une nouvelle Sophia, d’une nouvelle renaissance, où toutes les parties sont unes et indissociables.

L’heure où le peintre est écrivain et compositeur, l’heure où le sculpteur est fondeur, chantre et écrivain, l’heure où l’architecte est ingénieur, pianiste et écrivain.

L’heure, où le savoir des uns pénètre le vouloir des autres.

L’heure, où le travail de l’ignoré prend le pas sur l’esbroufe de l’ignorant. L’heure, où tous les trésors de la créativité sont accessibles à tous.

L’heure où le fond efface la forme, où seule la pourpre juge la pourpre.

Mais toi dont les oreilles sont mortes du cri de la bête, dont les yeux ce sont détournés de la lumière du savoir, de la sagesse.

Toi qui a vécu, pour plus d’acier dans la grande cité vêtue d’acier, pour plus naphte dans les grandes jarre de naphte, pour plus de béton et de verre dans tes maisons de béton et de verre, pour plus d’or dans ton coffre d’or, pour plus de pierres précieuses et de perles au cou de ton épouse, tremble :

Ton savoir est aujourd’hui tributaire de ta mémoire, et les tablettes d’argile entre des murs d’adobe n’y changeront rien, demain soir seul le sable en gardera la trace.

Les mots de tes parchemins, les notes de tes partitions, les images de tes pellicules se délitent sous l’attraction du un et du zéro et laissent vides le maroquin marqué aux lettres d’or, lisse le vinyle, rouillée la boîte de métal, vierge la tablette d’argile, noir le papyrus.

Ta sensibilité gravée sur le plastique n’est plus activée.

Ton sixième sens est à jamais enfoui au tréfonds des limbes.

Ton enfant s’éloigne de toi et de ta lignée à jamais prostituée au passé.

Et l’ange demain s’écriera d’une voix forte :

Elle est tombée, elle est tombée, la grande cité d’acier, de verre, de naphte et d’or.

Les piliers du ciel sont à jamais ébranlés et ceux de l’orgueilleuse bibliothèque à jamais brisés, rien n’est plus comme avant.

Evanouie la collection des idolâtres du vélin, de la pâte à papier, de l’odeur pourrie de l’encre. Réduite à néant.

La boutique du marchand n’est plus, les rats l’ont nettoyée, la poussière est dorénavant son trésor.

En effleurant la tablette l’androgyne, une et un, a jeté à bas la cité prostituée.

En effleurant la tablette l’androgyne, un et une, libéra le livre des origines et celui du futur, et les quatre animaux dans le ciel de disparaître, laissant la parole, douce comme le miel, enchantée nos oreilles.

Et moi, une et un, sur mon tas d’ordures je pleure des larmes de joie.

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