mercredi 12 août 2009

Moi aussi


Depuis la "fermeture" du figaro.pdf je vais parfois lire les infos sur libé.
Je suis tombé sur une série de portraits de portraits d'Ingres présentés par Mr Obalk. Je ne connais pas le gus mais j'ai bien aimé le texte de la quatrième partie, celle expliquant le pourquoi de la chose illustrée en image ci-dessus : «Quand j'étais enfant ou ado, j'adorais les livres qui fonctionnent par double page, avec plein de choses à regarder et à lire dans tous les sens. Et j'ai passé des dizaines et des dizaines d'heures sur les pages de Tout L'Univers, l'encyclopédie pour enfants des années 1960. Mais j'ai commencé à déchanté quand je me suis aperçu que le principe des livres-magazines, dont la collection "Découvertes-Gallimard" est la version pour adulte, oblige immanquablement à interrompre le fil du texte pour passer aux images, elles mêmes légendées d'un autre texte. Ma paresse d'adolescent me faisait croire que c'était plus facile à lire. Mais quand je me suis mis à lire les livres jusqu'au bout, j'ai commencé à détester ces ruptures de rythme qui font qu’on abandonne vite les textes de fond au profit d’un regard gourmand sur les images et encore plus superficiel sur leurs légendes. Or, j'ai commencé ce travail il y a 6 ans en essayant de faire des storyboards de mes petits films. Mais la formule du storyboard ne me convenait pas car je voulais qu’on lise et qu’on regarde en même temps le texte et les images. La seule solution était de faire rentrer le texte DANS l’image, et qu’il n’y ait rien d’autre à lire, de sorte que la lecture directe du texte se fasse simultanément à l’apparition inévitable des images qui, elles, se contentent du champ de vision périphérique du lecteur. Chaque morceau de phrase y est alors illustrée par telle ou telle image se succédant comme les cases jointives d'une BD — mais la comparaison avec la BD s’arrête là. J'utilise les typos de Pierre Di Sciullo, qui est le plus grand dessinateur de caractères typographiques en France depuis Roger Excoffon. On peut toujours s’amuser à appeler mes planches du «roman-photo sans roman» ou de la «bande dessinée sans bulle» et clamer qu’Ingres s’est mis à la bd, mais ce serait faux. Je préfère la formule plus modeste d’un « texte tout en images». Ce n’est pas une bd, c’est un tout-en-images»

J'ai voulu utilisé un procédé un peu similaire, il y a déjà deux ans mais je ne suis pas le premier loin de là. Pour la France de Léonard j'ai utilisé en toile de fond l'Ecole d'Athènes de Raphaël et un texte expliquant la différence d'attitudes entre les deux philosophes (illustration de la méthode scientifique de Léonard avec une anakrousis d'Arvo Part pour nous mettre dans l'ambiance). En couleurs c'est assez difficile à lire (les lettres sont en blanc sur la palette de l'urbinate). Sur le PRS en noir et blanc malgré les 8 nuances de gris c'est encore pire (le texte est en noire et la fresque de Raphaël méconnaissable). On touche là aux limites du noir et blanc, j'en ai touché deux mots à Clément (Ebouquin) et son portrait de la Joconde sur l'Opus.
Le gris nous bride et la reproduction d'une œuvre couleur est comme une trahison, mais on ne peut pas faire autrement aujourd'hui.
Le second point est cet univers tout en image voulu par Obalk (on dirait une page de roman photo, j'adore un jour je tenterai l'expérience sur un guide, j'irai donc plus loin qu'actuellement). En pensant à l'Iphone et le portage des BDs on voit bien la castration opérée. Impossible de porter ce type d'écriture sur des écrans de petite taille. Un jour j'en suis sûr un artiste s'insurgera contre cette mode.

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