samedi 14 mars 2009

La lectrice du Guide MAF, les lecteurs du livre électronique

Elle est clodo-aldienne, la ville où le nombre de gens payant l'ISF est juste derrière celui de Neuilly, elle suit des cours de dessin, loue pour 3 semaines une villa en Toscane en dehors des périodes de vacances. Quand une de ses amies lui parle des Guides MAF elle juge cela très intéressant et commande la version pour PC, en payant 15 euros sur simple recommandation.
Image d'Épinal où il manque l'ardoise de lecture. Je l'imagine mal avec son portable assise sur les bords de l'Arne visionner les crues de 1966 (avec un PRS non plus d'ailleurs) et lire les lignes empruntes d'effroi écrites par Léonard et Dante. Je l'imagine mal devant Or San-Michele écouter les laudes de Jacopone de Todi et admirer ce musée en plein-air de la sculpture toscane (mais là avec un PRS ça le fait).
Mes guides sont-ils alors réservés à une "élite"? Si je rapproche le profil de ma lectrice aux fuites de l'étude Harris sur les acquéreurs du PRS (celui-ci est un CSP+ mâle etc...), j'ai bien peur que oui, c'est navrant, et j'enrage car j'ai écrit ces guides pour tout ceux qui aiment Léonard sans le connaître, avec un prix ridicule au regard du travail fourni, du contenu, et une approche inédite (hypermédia) pour un nomadisme culturel.
On a souvent gloser sur la fracture numérique, aujourd'hui sur notre sol le débat fait moins débat, mais c'est un aspect qui pourrait bien être de nouveau d'actualité pour les ardoises de lecture. Je comprends les thuriféraires de l'e-book sur téléphone, bien que je ne partage pas leur avis. Pourquoi dépenser 300 euros de plus pour lire un ouvrage dont je peux disposer sur mon téléphone ? Il faudrait être fou, surtout si c'est un Iphone.
300 euros ce n'est rien pour une catégorie de gens, dont je ne fais pas partie, mais pour bcp d'entre nous c'est un investissement. Nous sommes loin de l'achat plaisir, impulsif. Je n'ai pas toutes les données de l'étude mais je suis certain que notre acquéreur s'est posé bcp de questions avant de faire rougir sa carte bleue.
Je veux croire que les freins invoqués par les uns et les autres (reportage au JT de TF1 hier soir) pour ne pas acquérir une ardoise sont l'expression d'une frustration : je voudrais bien mais je peux point, alors je me dédouane. Pas de couleur, pas multimédia, panne de batterie (et quand j'oublie mes lunettes je fais quoi avec mon livre aux caractères figés?), et les arguments les + forts c'est cher (ils on raison), pas assez de titres (ils ont torts).
Et ce n'est pas un slogan tel que : 160 livres dans votre poche qui va "me" convertir. 160 bouquins mais ils sont dingues , c'est cher un livre alors 160 je n'y pense même pas.
Seulement La princesse de Clèves, à la mode dans les allées du salon, est dispo gratuitement sur gutenberg.org (au format e-pub en plus), et Proust aussi, et Homère et Platon et d'autres encore. 160 chef-d'œuvres gratuits, voir plus, c'est pas mal pour rentabiliser ma première ardoise de lecture. Alors RV d'Aldus a raison. Pousser l'énorme travail de J-Y Dupuis, c'est bien plus malin et plus intéressant que l'offre du Figaro/D'Ormesson à 269 € (tiens tiens on est pas loin de nos 300 €) .
Le livre gratuit et légal ça existe alors pourquoi ne pas en profiter ? Et quand ils liront de l'Italie de Stendhal ils viendront aux Guides MAF sans problème, parce que c'est mieux.

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