lundi 1 décembre 2008

E-book et Bibliothèque de Babel

Revenons sur cette hypothèse du Figaro : Le PRS505 bibliothèque de Babel. Conformément au bon sens bibliothécaire, pendant la crise j’emprunte. Direction la B_B_B du Point du jour, et séance de lecture de La bibliothèque de Babel de Borges (la B_B_B). La nouvelle de l’auteur argentin a été écrite en 1941, c’est à dire avant-hier. Une histoire à dormir debout, d’ailleurs il existe un cabinet à cet usage, matrice de réflexions qui germent si non à chaque ligne du moins à chaque paragraphe. Il y a de quoi écrire des pages, mais arrêtons nous sur une phrase pour une réflexion à chaud : « Ils étaient habités par le délire de conquérir les livres chimériques de l’Hexagone (un espace de stockage à l’infini dupliqué) cramoisi : livres de format réduit (comme ceux d’Aldus ?) tout-puissants, illustrés et magiques. » Le but ultime de la création littéraire, but ultime d’une bibliothèque.
Petite précision chaque livre est composable avec 25 caractères au plus, dont 22 lettres, un point, une virgule et un espace.
Si toutes les idées du monde, thèses et antithèses, sont exprimables avec cet alphabet, il manque pour les illustrer ou les reformuler par un raccourci, l’infinité du point. Celle-ci donne naissance à la ligne, au dessin et par extension vincienne à la lettre, et à la note.
Si la base proposée n’est pas la bonne, l’homme moderne, l’ingénieur, animé du même délire (ivresse ?) nous en propose une autre le 0 et le 1.
Ce n’est pas magique mais l’un des items, à savoir un format réduit, est effectivement atteint. Nos salles hexagonales cramoisies ont pris un coup de jeune. Elles ce sont transformées en ferme de micro-ordinateurs, espace fini susceptible d’emmagasiner toute production passée, présente et à venir (Google-Livres), notre ouvrage n’est plus qu’un « grain de sable » sur une puce de silicium du PRS 505. Le reader n’est pas la bibliothèque mais « une étagère pluggable et unpluggable » au format de poche. Il peut être effectivement demain, dans 10 ans, dans un siècle, un espace de stockage surdimensionné au regard de la production des cerveaux humains. Mais son ergonomie et sa convivialité seront toujours dépendantes de notre cerveau, œil et doigts qui ne devraient pas vraiment variés d’ici là.
L’illustration, sonore ou imagée ne pose plus problème, l’hypermédia résout l’item second. Il reste des progrès à faire certes, mais l’ingénieur sait répondre aux aspirations des auteurs à condition qu’il soit à leur écoute.
Ces sauts quantitatifs et qualitatifs sont-ils suffisants pour atteindre à la toute-puissance ? Evidemment non, cette dernière est du ressort du Verbe ou de l’atome (il faut choisir son camp). Elle est la primitive création et l’ultime destruction, le reste n’est qu’ersatz.
La lettre est impuissante à restituer ne serait-ce que l’univers de la pensée de son auteur, la force de sa parole. L’interprétation du lecteur est un filtre incontrôlable qui appauvrit plus qu’il n’enrichit ses mots (Un livre sans lecteur est-il plus puissant qu’un livre lu ? Puissance en puissance ?) Notre troisième item est inaccessible.
Le dernier à savoir la magie est imposture. Elle nous éloigne de la vérité, triste performance livresque, qu’il est préférable de cacher et laisser au cinéma à la photo.
Fol espoir donc que cette bibliothèque Borgésienne par la seule « existence » de l’Hexagone cramoisi. Sa particule élémentaire, le livre, se heurte au seul item de création pure, la toute-puissance. La création littéraire n’étant que l’un de ses satellites, conçu par l’idée, guidée par l’apprentissage. Et l’on voit bien que l’E-book malgré ses béquilles technologiques ne nous permet d’atteindre que 2 des 4 items requis. Il ne peut en aucun cas devenir la chimère de Borges, l’ingénieur plie devant l’écrivain de Mar del Plata.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Histoire de mieux comprendre, j'ai lu moi aussi la nouvelle de Borges. J'ai trouvé cette vision des bibliothèques rigide et labyrinthique. En lisant je revoyais les images du film "Le nom de la rose" quand les 2 moines Sean Connery et Christian Slater (je retiens mieux les noms des acteurs que des personnages) découvrent la bibliothèque du monastère. Et moi de me perdre entre les lignes de la nouvelle de Borges.
Du coup, je cherche encore le sens de la comparaison du Figaro : une bibliothèque vaste et hyper-organisée réservée à des érudits ou un gadget idéaliste et utopique ?