vendredi 21 mars 2008

E-Codex troisième partie

Mais ce qu’il faut retenir c’est que l’un comme l’autre, confrontés au même problème, se tournent vers la technologie pour le résoudre. Malgré les progrès réalisés en imprimerie, aujourd’hui encore ce duo texte/image souffre du binôme livre/papier. Pour illustrer notre propos, prenons l’ekphrasis, ce commentaire d’une œuvre d’art dont le premier exemple connu est la description faite par Homère du bouclier d’Achille forgé par Héphaïstos. L’auteur moderne quand il se livre à ce type d’excercice l’accompagne souvent d’une illustration. Si 30 ou 40 lignes suffisent à son propos, nos yeux peuvent, dans le meilleur des cas, voyager de l’image vers le texte et inversement en un clin d’œil. Dans tous les autres cas l’inconfort s’installe, pouvant engendrer une perte d’information. La lecture devient pénible, en cause les multiples va et vient entre texte et image, les mots perdent de leur poids ou/et l’illustration de sa pertinence. On se met à rêver alors d’une image projetée et d’un commentaire en voix off à l’instar de ce qu’offre l’écriture cinématographique. Nous aborderons plus tard l’écriture « numérique ».
Et la musique ? Si comme proposé plus haut je tente de mettre à jours mes connaissances au regard des références de Dante, cela ne pose pas beaucoup de problème, elle est encore accessible dans toutes les médiathèques. Il en est tout autrement pour les frotolle (chansons italiennes du 16ème) du Décameron de Boccace. Egarées, perdues ou non enregistrées, je suis devant une perte et une frustration dont je ne mesure pas la portée 
Et la musique des mots me direz vous ? Cette poésie qui déjà faisait dire à Horace qu’elle était peinture. Ce fameux « Ut pictura poesis », invoqué, interprété et inversé autant de fois que les circonstances l’exigeaient. Et les rhapsodes, aèdes, aulodes et autres citharodes qui de génération en génération nous porte en un raccourci impardonnable pour le musicologue vers… l’opéra. Non celui de Monteverdi, mais La Favola d’Orfeo écrite en 2 jours par Ange Politien. Nous sommes en 1480, sous l’influence du carnaval de Mantoue se mêlent poèmes et musique, musique et théâtre une première pour l’humaniste qui influencera la poésie de Michel-Ange. Les sonnets de celui-ci « chantent » et sont chantés par ses contemporains. Chostakovitch avait des précurseurs, et le sculpteur d’apprécier cette initiative. Fait rare tant l’artiste est exigeant. Et si nous parcourons les codex musicaux nous voyons ô combien musique, texte et « images » s’unissent avant que Manuce, l’éditeur vénitien de référence, et ses successeurs ne cassent cette unité et ne cessent d’appauvrir le livre.
Ainsi, le codex MS156, daté du 14ème siècle, de la bibliothèque universitaire de Munich, nous offre un exemple intéressant d’une élégante fioriture utilisée pour la notation d’un choral (cantique au service de la liturgie luthérienne). La convergence, mot à la mode dans les services de marketing d’aujourd’hui , avait déjà ses adeptes dont les frontières étaient seulement balisées par un environnement technologique. Et si on me répond que les variables temps et argent sont les facteurs discriminants, j’acquièse, mais seulement pour celui qui accepte d’en être l’esclave.
Evidemment ma démonstration souffre de l’état de l’art. Il n’est pas question à l’époque d’initialiser sur notre parchemin le mode audio pour déclencher l’intervention du « ténor ». Ni sur le parchemin ni sur la toile, bienque Leon Battista Alberti se soit penché sur le langage commun aux peintres et aux musiciens, sur les rapports entre notes et proportions, ces dernières étant la pierre angulaire de la prespective et de l’architecture, les génies des 15ème et 16ème siècles sont moins puissants que n’importe lequel d’entre nous équipé d’un micro-ordinateur.

Aucun commentaire: