jeudi 23 juillet 2015

Léonard VS Michel-Ange


L’anecdote est célèbre, un biographe anonyme du Vinci  nous la conte : Un jour que Léonard, accompagné de G. de Gavina, passait auprès du banc des Spini, à côté de l'église Santa Trinita, quelques notables y étaient réunis et discutaient sur un passage du Dante. Apercevant Léonard, ils le prièrent d'approcher et de leur en donner l'explication. Au même moment, Michel-Ange [dont l’érudite connaissance du poète est proverbiale] vint à passer ; on l'appela et Léonard dit :  Michel- Ange va vous l'expliquer . Michel-Ange crut qu'il voulait se moquer de lui et répondit : Explique-le toi-même, toi qui as fait le modèle d'un cheval et, incapable de le fondre, as laissé honteusement ton ouvrage. Cela dit, il tourna le dos et s'éloigna en ajoutant pour l’offenser : Et qui t'étais confié par ces capons de Milanais.
Pourquoi une telle réaction du jeune sculpteur dont le David va bientôt lui conféré un statut équivalent au peintre de la Cène ?

Ignorance ? En partie.  Léonard ne part pas pour Milan de gaité de coeur.  La responsabilité de Laurent le Magnifique dans cet exil vers une puissance alliée ou ennemie, selon les circonstances, reste à évaluer. L’artiste, le mot existe n’existe pas à l’époque, est un pion dans un jeu diplomatique complexe. Quand il s’agit de décorer les murs de la chapelle Sixtine, la cité du lys dépêche ses meilleurs peintres, Botticelli en tête. Le Vinci chez les capons milanais, c’est aussi un ambassadeur de choix, comme Verrocchio, son mentor, à Venise. 
Si Léonard n’entreprend pas la fonte de son groupe équestre monumental à la gloire des Sforza, on ne peut le lui reprocher. Le bronze alloué prend le chemin d’une fonderie de canons pour équiper les armées des Este.  Ferrare et le reste de l’Italie  proies des plus grandes puissances européennes s’arment.

Jalousie ? Peut-être. Un physique séduisant, un port élégant  voire altier, une mise soignée, une conversation agréable, voici un portrait du Vinci aux antipodes du jeune-homme au nez brisé, à l’hygiène rebutante, négligé et peu amène au premier abord.
Michel-Ange aspire à la gloire dont Florence nimbe le Vinci. Pas  encore « divin », l’impétuosité habite Buonarroti, puissant moteur laissant de côté le discernement.

Souffrance ? Oui.  Le bonheur semble inaccessible à l’auteur des Rime. Orphelin, son père le brutalise. Les coups, les humiliations, le viol règnent aussi au sein de l’atelier d’un Ghirlandaio, d’un Verrocchio (celui du Vinci). L’épanouissement de l’apprenti, on s’en fout. S’il trouve refuge auprès de   Laurent de Médicis,  de Bertoldo dans le jardin de San Marco, ces havres de paix et de félicité se ferment quand à la mort du Magnifique, Pierre, le fils aîné, prend les rênes du principat. 
Quelque mois plus tard et quelque soit le camp choisi, la période savonarolienne s’avère délicate, difficile à vivre. Son épilogue, sûrement pas celle souhaitée par Michel-Ange, laisse des traces, des meurtrissures. 
Il faut attendre la nomination du gonfalonier à vie Soderini , à vie, pour retrouver une certaine quiétude, une oreille attentive, un oeil sensible au talent du jeune  sculpteur.  La tyrannie d’un More ne souffre pas d’une comparaison avec les régimes successifs florentins. 

Peur ? Pourquoi pas. Une concurrence rude sévit les bords de l’Arne. Brunelleschi, le sait mieux que personne. Evincé par Ghiberti pour les portes du Baptistère, le concepteur du Dôme de Santa Maria del Fiore en est quitte pour changer de métier et  un long séjour à Rome pour retrouver confiance en lui. 
Le  retour de l’auteur de la Vierge aux rochers dans le nid du maître de la pierre vive fait planer une menace. Un candidat incontournable s’érige pour les concours à venir sous la férule de la Seigneurie, des arts majeurs, les commandes de l’Église, des ordres religieux. La  cupidité naissante du natif de Caprese risque d’en pâtir .  

Le mépris ? À explorer.
Si une fibre patriotique habite M-A on ne peut en dire autant, quoique, pour Léonard. Aussi, quand les armées de César Borgia, menacent les murs de Florence, le patriote peut à juste droit s’ offusquer des services rendus par l’ingénieur au Prince de Machiavel. Cette « trahison » reste conforme aux règles de l’époque.  La fidélité des alliances, les positions intransigeantes et immuables : des valeurs sans valeur. 
L’artiste est un bouchon voguant aux gré des courants, des opportunités. Michel-Ange en fera lui-même l’expérience un peu plus tard.
Dans le Paragone, Léonard revendique pour le peintre un statut supérieur à celui des autres plasticiens, musiciens et autres écrivains. La sculpture rabaissée au niveau des arts mécaniques, les plus vils, irrite Michelangelo, ne prisant guère pour sa part la peinture... pour le moment. La mauvaise foi dans ce débat n’arrange rien et  le plus jeune n’attend qu’une occasion pour administrer une leçon au vieux « lion- leon ». 
La Seigneurie répondra à son désir, le motif : une bataille, la technique : la fresque, discipline  suprême de la peinture.



jeudi 16 juillet 2015

Normandie Impressionniste

Pendant notre séjour à Jeanne Garnier, un établissement de soins palliatifs, j'avais répondu à l'appel à projets du Festival Normandie Impressionniste 2016. Le sujet en étant Le Portrait, je trouvais intéressant de dresser ceux des premiers collectionneurs impressionnistes, des noms jetés en pâture dans les biographies des peintres sans que l'on sache vraiment qui ils sont ces Choquet, Rouart, De Belio, Faure, Hoschedé, Murer etc...
J'attachais une certaine importance au projet au regard des circonstances, et puis la mort a remis les pendules à l'heure.
Je pensais vraiment qu'il était plus intelligent de financer un livre numérique hypermédia sur ces hommes loués par Renoir et Monet que d'allouer encore une fois une somme, loin d'être modique, au Routard dont le PDG est millionnaire.
Je me suis trompé.
Après la première réunion  du comité scientifique j'a bien compris que ses membres n'avaient rien compris. J'ai proposé de me déplacer pour montrer. On m'a répondu par la négative, il fallait juste répondre aux questions posées. Je me suis exécuté et la seconde réunion m'a gratifié de son label. J'ignorais l'existence du comité financier.
Celui-ci s'est tenu le 8 juillet et son verdict est tombé hier soir : Madame, Monsieur,
 Nous avons le plaisir de vous informer que l’Assemblée Générale du 8 Juillet 2015, a entériné la décision d’accorder à votre projet " PORTRAITS D’UN COLLECTIONNEUR IMPRESSIONNISTE ", le label ‘Normandie Impressionniste’, sans financement.
Un projet de convention vous sera adressé ultérieurement.
Dans l’attente du plaisir d’un prochain contact.
Bien cordialement.
Pour faire simple, on accorde un label à un projet qui n'existera pas, car son financement ne sera pas. C'est un peu ubuesque;-)
En des temps normaux cet échec m'aurait affecté, aujourd'hui  je le considère juste comme un échec, le mot juste fait toute la différence. Après ce billet je passerai à autre chose, en fait je continuerai mon travail sur Giverny, et les Impressionnistes au fil de l'eau, sans entrave, sans délai, sans pression.
Le plus navrant dans cette histoire ?
Ne pas rendre hommage à ce gens ayant permis à l'Impressionnisme d'écrire une des plus belles pages de notre culture.

samedi 20 juin 2015

Il n'est pas nécessaire d'être croyant, je ne le suis pas,  pour s'attarder quelques minutes sur cet extrait de l'encyclique du pape François : "À cela [le bordel ambiant] s’ajoutent les dynamiques des moyens de communication sociale et du monde digital, qui, en devenant omniprésentes, ne favorisent pas le développement d’une capacité de vivre avec sagesse, de penser en profondeur, d’aimer avec générosité. Les grands sages du passé, dans ce contexte, auraient couru le risque de voir s’éteindre leur sagesse au milieu du bruit de l’information qui devient divertissement. Cela exige de nous un effort pour que ces moyens de communication se traduisent par un nouveau développement culturel de l’humanité, et non par une détérioration de sa richesse la plus profonde. La vraie sagesse, fruit de la réflexion, du dialogue et de la rencontre généreuse entre les personnes, ne s’obtient pas par une pure accumulation de données qui finissent par saturer et obnubiler, comme une espèce de pollution mentale. En même temps, les relations réelles avec les autres tendent à être substituées, avec tous les défis que cela implique, par un type de communication transitant par Internet. Cela permet de sélectionner ou d’éliminer les relations selon notre libre arbitre, et il naît ainsi un nouveau type d’émotions artificielles, qui ont plus à voir avec des dispositifs et des écrans qu’avec les personnes et la nature. Les moyens actuels nous permettent de communiquer et de partager des connaissances et des sentiments. Cependant, ils nous empêchent aussi parfois d’entrer en contact direct avec la détresse, l’inquiétude, la joie de l’autre et avec la complexité de son expérience personnelle. C’est pourquoi nous ne devrions pas nous étonner qu’avec l’offre écrasante de ces produits se développe une profonde et mélancolique insatisfaction dans les relations interpersonnelles, ou un isolement dommageable."
Quel rapport avec Léonard, Michel-Ange ou les Impressionnistes, les Guides MAF direz-vous ?


mardi 16 juin 2015

La Creuse et Monet

L'A20 est gratuite, surprise. Sur la route de Fresseline les nuages sont lourds et les voitures peu nombreuses. La Creuse a subjugué Monet pendant 3 mois, le temps d'une campagne sur les bords de cette rivière au charme certain. Jaune elle ne l'intéresse pas, verte il obtient plusieurs motifs. Pour marquer le passage du peintre chez Rollinat, un poète oublié,  la ville s'est offert un office de tourisme où transite 4 000 âmes par an. Giverny  en voit 600 000.
Pour sortir de l'oubli Fresseline  et ses alentours, Crozant décide de promouvoir l'un des premiers impressionnistes Guillaumin. On  crée l'école de Crozant en s'inspirant de  celles de Fontainebleau ou Pont-Aven, en espérant y joindre le peintre des Nymphéas.
Bon courage.
Il n'empêche cet endroit vaut le détour si on aime la solitude et la sérénité, quand à la sauvagerie Monet exagère un peu.




lundi 1 juin 2015

Fontainebleau, Barbizon

Salon du Livre du Festival de l'Histoire de l'Art
La première fois, il y a 3 ans pour moi, les éditeurs étaient plutôt agressifs à mon égard, le livre numérique était synonyme de mort du papier dans leur esprit. 
L'année dernière, on m'a foutu la paix, une paix royale, impériale devrais-dire.
Cette année on est venu vers moi avec un projet, et des certitudes quand au démarrage d'une écriture hypermédia, pas seulement d'un transfert du papier vers l'écran mais d'une approche non possible, ou tout du moins très compliquée, sur papier. Étonnant. 
Quant au public, il découvre qu'il peut lire sur son iPad autre chose et est agréablement surpris (bon il n'y en a pas des masses des curieux mais plus que les années précédentes... pas très difficile pensez-vous et vous avez raison ).
Seul hic, mis à part les ventes, pour le moment quand je présente un guide c'est sur la forme que porte le débat et non sur le fond et ça m'énerve quand même un peu.
Pour me calmer visite du Boudoir Turc avec le conservateur (brillant le mec, on ose à peine l'interrompre pour savoir la dimension du lit émoticône wink ) et un détour par Barbizon Village (vaut le détour surtout si vous poussez jusqu'à la forêt), déserté, mais encore habité par les peintres, ceux de l'École.

Pour en savoir plus 

samedi 23 mai 2015

Perspective : les regrets de Rodin

À propos des Cathédrales Gothiques : "Je les possède toutes photographiées dans ma mémoire, ce qui n'est pas très commode à reproduire. Quelques notes et dessins sont mes seules représentations graphiques ; mais comme je n'ai jamais appris la perspective, mes dessins flottent souvent. Cette lacune me gêne souvent dans ma création architecturale car la perspective est une science utile, même si les paysagiste parfois la néglige."
 





mercredi 20 mai 2015

Certains d'entre vous l'ont peut-être déjà lu ?

Stendhal et son syndrome. 
Le transport dont H Beyle fait l’objet n’est pas dû à la beauté de la ville, à la visite d’un musée en plein air. Cette approche est juste une transposition triviale appliquée à des chochottes trimbalés de car en trattoria, sous un soleil de plomb, de marchand de glaces en musées bondés, saoulés par des commentaires insipides et dont le cerveau, sevré  de télé,  sature.
Quand il se rend à Santa Croce ses premières émotions sont pour les gloires du passé. Machiavel, Michel-Ange, Galilé, il y ajoute inconsciemment Boccace et Dante. Le bonapartiste connaît ses classiques. Il a lu Le prince, Vasari, les poésies du sculpteur du David, les commentaires sur l’art du suiveur de Copernic, Lomazzo, L’Enfer et le Paradis sans oublié le Purgatoire, tout et tous il a tout lu et plus encore car il achète deux guides en descendant du fiacre. En cet instant où cénotaphes et tombeaux s’adressent à lui et à lui seul sa mémoire déborde d’images et d’émotions, de mots de phrases et de vers.  A ce moment il cristallise des mois et des années de lectures, de visites, de réflexions et d’écritures. 
Il gère, il en a vu d’autres, mais pas pour longtemps.  Son émoi va être à nouveau mis à mal quand  aux Sibylles du Volterano il va être confronté. La qualité artistique de la fresque n’est en rien responsable de la montée en puissance du phénomène. De Cumes ou de Delphes, des Appenins ou de Perse aucune d’entre-elles n’a perdu de son aura, de sa puissance. Elles s’adressent encore à nous pour peu que l’on tende l’oreille et Stendhal ne peut être sourd à leurs discours, même sibyllins. Son esprit est alors en proie au ravissement.  Conscient, il transfigure l’objet de sa passion, l’art, en lui attribuant de nouvelles perfections. Il est dans un état où d’une croûte il peut voir un chef-d’oeuvre. C’est sa propre définition de la cristallisation. Il l’applique inconsciemment aux fresques du Volterano, consciemment au poème de Foscolo dont il se saisit pour tenter d’évacuer le mal par le mal à la sortie de l’église. La poésie, source d’émotions ultimes, est le remède pour effacer les douleurs et fièvres dont il est l’objet. Ça fonctionne ! Pas d’hospitalisation, pas de spleen, le sur lendemain on le voit à San Lorezo, au Palais Pitti, devant les fresques de Masacio. 
Drôle de type quand même. Dans une poche de son veston il se ballade avec un poème, viatique à tous les maux de la terre, à l’image du mémorial de Pascal.
Qui d’entre-nous, dans son smartphone, a fait de même ? C’est pourtant visiblement indispensable ;-)